Cupabilité, quand tu nous tiens !

Marre d'entendre les spots radio qui m'incitent à passer une mammographie,
Marre d'entendre les pubs pour que je n'oublie pas de vacciner mes filles contre le cancer du col de l'utérus,
Marre des petites phrases qui accompagnent chaque publicité pour un aliment, me rappelant que je dois éviter de manger salé, sucré, gras.
Marre des incitations à consommer 5 fruits et 5 légumes par jour.
Marre qu'on me rappelle vingt fois par jour qu'il faut bouger pour rester en forme.

Les messages de préventions sont aujourd'hui très nombreux dans les médias et les paquets de tabac sont ornés d'un énorme "fumer tue" sans que personne ne semble s'en émouvoir outre mesure.

Bizarrement, quand il s'agit d'allaitement, les messages de préventions sont entourés d'un tas de précautions - la fameuse phrase que l'on retrouve un peu partout "mieux vaut un biberon donné avec amour que le sein donné à contrecœur" dans le but de déculpabiliser les mères qui font le choix de ne pas allaiter - mettant en fait sur un pied d'égalité le lait maternel et le lait artificiel. Le lait maternel  apparaît comme un "plus" que peut donner la mère si elle le désire et le lait artificiel  est présenté comme la norme pour le petit humain, sans prendre réellement en compte les effets délétères de ce mode d'alimentation.

Revenons à cette fameuse phrase "mieux vaut un biberon donné avec amour que le sein donné à contrecœur", comment la perçoit la maman qui donne un biberon de lait artificiel parce qu'on lui a saboté son allaitement? Donne-t-elle ce biberon avec plaisir ? Ne culpabilise-t-elle pas de donner ce biberon à contrecoeur alors qu'elle n'arrive pas à allaiter ? Comment vit-elle ce déchirement ? Qui est là pour la réconforter ?

De peur de culpabiliser les parents, il y a une réelle rétention de l'information et les dangers des lait artificiels sont passés sous silence comme ces cas de salmonellose survenus en 2008 ou encore les germes d'entérobactérie sakazaki (responsables de méningite et d'entérite) découverts en 2009 dans du lait pour nourrisson fabriqué en France (destiné à la Corée du Sud) et en 2007 au Luxembourg. Quel quotidien en a fait sa une ?

Je suis tout à fait contre les messages injonctifs ou les messages basés sur le culpabilisation, mais n'y a-t-il que ces deux options ? Ne pourrait on pas envisager des messages informatifs destinés à présenter l'allaitement maternel comme ce qu'il a toujours été, c'est à dire la norme pour le petit d'homme ?

Comment conciler travail et allaitement ?

Un article et une chronique ont retenu mon attention cette semaine.

Tout d'abord cette courte chronique d'Isabelle Monrozier sur France Inter  le 16 novembre entre 6 h 26 et 6 h 29 consacrée à travail et allaitement.

Deux petites minutes pour un sujet si important, cela montre bien à quel point l'allaitement doit être caché (surtout comparé au temps de parole de Mme Badinter sur cette même radio : toute la journée du 11 février 2010 lui a été consacrée, à dénigrer tant et plus l'allaitement). Pourtant les informations données par Isabelle Monrozier étaient très pertinentes et auraient méritées d'être diffusées tout au long de la journée (et même tout au long de la semaine !).

Ensuite, cet article du quotidien suisse 24 heures relatant l'histoire d'une femme qui porte plainte contre son employeur suite à la retenue sur son salaire d'un temps de pause pour tirer son lait.
Je trouve personnellement l'initiative de cette mère très courageuse : grâce à cette action en justice, si l'issue est favorable, ce sont des milliers de femmes qui vont pouvoir en bénéficier.

J'aimerais que les françaises se mobilisent elles aussi pour faire valoir leurs droits afin que l'heure d'allaitement soit rémunérée ; après tout, diverses études montrent que l'employeur est gagnant car les salariées qui allaitent sont moins souvent absentes que les mères salariées qui n'allaitent pas (sans doute parce que leur enfant est moins souvent malade, donc pas besoin de prendre des congés "enfant malade").

Autre grand combat à mener, celui de faire respecter le droit à tout enfant de pouvoir bénéficier du lait de sa mère, même en crèche. Je suis effarée par le nombre de mères qui apprennent que la crèche n'accepte pas leur lait ou qui constatent que leur lait a été jeté car les conditions de conservation ont été jugées inadaptées. Ces structures d'accueil imaginent sans doute que les préparations pour nourrissons sont plus fiables, moins contaminées, bref, plus adaptées à un enfant !

Retour de séminaire LLL

Ce week-end, avait lieu le rendez-vous annuel des animatrices LLL. Ce séminaire est l'occasion de nous retrouver et aussi de nous former grâce à des ateliers toujours formidablement préparés par des animatrices compétentes et expérimentées et grâce à des conférences qui nous permettent de découvrir des personnes pointues dans un domaine.

J'ai eu le plaisir d'écouter notamment Rosa Jové, psychologue espagnole auteur du livre Dormir sin lagrimas (Dormir sans larmes, le laisser pleurer n'est pas la solution). J'y ai appris que les adultes se réveillent 8 à 10 fois par nuit, seulement quelques secondes, sans s'en apercevoir (pour remonter une couverture, se retourner ..) et que les bébés se réveillent aussi, mais n'ont pas encore appris à se rendormir lors de ces micro réveils, c'est pourquoi la présence rassurante d'un adulte, une petite tétée, les réconforte et les aide à repartir dans les bras de Morphée.

Rosa Jové a aussi démonté certains mythe comme celui qui consiste à expliquer aux parents que les bébés ont besoin de routines. Quoi qu'aucune étude ne démontre que les routines seraient mauvaises en soi, on constate que pour chaque routine, il faudra évoluer vers une autre routine, puis une autre : habituer le bébé à dormir dans un berceau, puis dans un lit à barreau, avec un doudou, puis sans doudou, avec une sucette, puis sans sucette ... sans que cela aide réellement les bébés à s'endormir. Après tout, "tout le monde à la droit de se compliquer la vie" a commenté avec humour la conférencière.

Les méthodes de dressages sont proscrites par cette psychologue qui nous a démontré que lorsque l'enfant s'endort après avoir pleuré ou en restant seul avec sa peur et son stress, le cerveau fabrique dans un premier temps du cortisol et de l'adrénaline (le cortisol est toxique pour le cerveau et entraine des troubles d'apprentissage, de la mémoire etc.), puis pour équilibrer ce phénomène et apaiser le bébé, des endorphines et sérotonines.
C'est ainsi que l'on peut rencontrer des enfants de 4 ou 5 ans qui ne trouvent le sommeil qu'après être passés par une phase d'excitation (colère ou bagarre avec son frère par exemple) afin de reproduire ce phénomène de production d'adrénaline pour ensuite produire endorphines et sérotonine qui l'apaiseront et le conduiront vers le sommeil. 

Le meilleur cadeau à offrir à son enfant selon Rosa Jové est de lui montrer comment se relaxer pour s'endormir, et quoi de plus relaxant qu'une tétée ou un câlin dans les bras de sa maman ?

Comment introduire les solides ?

Je suis actuellement en pleine lecture d'un bouquin passionnant : Mon enfant ne mange pas de Carlos Gonzales (pédiatre, président de l'ACPAM (Associació Catalana Pro Alletament Matern).

Pas à pas, avec beaucoup d'humour, de témoignages et de références à des études et à des textes officiels, l'auteur explique que les parents peuvent faire confiance à leurs enfants pour réguler leurs apports de nourriture.

On y apprend que le lait maternel contient plus de 70 Kcal par 100 g; alors la pomme n'en contient que 52 Kcal pour 100 g, l'orange 45, la carotte cuite 27 et qu'en 1997, des chercheurs ont eu la curiosité d'analyser les plats (purées de légumes + viande) préparés par des mères madrilènes pour leurs enfants : la valeur calorique moyenne était de 50 Kcal pour 100 g (certains contenaient à peine 30 Kcal pour 100 g !)
"Vous croyez encore ces gens qui vous disent que "cet enfant doit manger plus de purée parce qu'il n'engraissera pas avec du lait maternel seulement" ?"
 conclut l'auteur.

Je n'avais jamais encore lu un livre aussi bien écrit, aussi clair sur le sujet.

J'ai tout particulièrement apprécié le dernier chapitre qui est une courte nouvelle dans le plus pur style Ray Bradbury. Très bien écrite et totalement flippante !

Carlos Gonzales sera au séminaire de formation des animatrices de La Leche League France ce week-end : ce sera l'occasion de pouvoir lui poser toutes nos questions !

On peut acheter son livre auprès des groupes LLL ou en ligne

Les controverses de Jack Newman

Jack Newman était à Nantes ce week-end pour deux demi-journées sur l'allaitement.
Dimanche matin, j'ai pu assister à sa conférence sur le thème des controverses de l'allaitement. Conférence très dense, avec de multiples entrées : les  composants du lait maternel, l'hypoglycémie, l'ictère du nouveau-né, en passant par les représentations de l'allaitement et par la culpabilité.

Pas de lait standard à copier
Le lait maternel change toujours de composition, au cours d'une même journée et même dans un même sein a rappelé Jack Newman en confirmant son propos par une étude portant sur l'analyse du lait de différentes mères au cours d'une même journée et avec une photo très parlante de gouttes de colostrum au bout d'un mamelon : trois gouttes de 3 couleurs différentes. Comment alors copier le lait maternel comme semble pouvoir le faire les industriels ? Jack Newman aimerait répondre aux fabricants de préparations pour nourrissons qui se vantent de produire "le lait le plus proche du lait maternel" : mais de quel lait maternel ? celui produit à 9 heures de matin ou celui produit à 5 heures du soir ?

Sainte madone versus femme débraillée
Quelques photos extraites de revues médicales ont ensuite été analysées par notre conférencier : la femme allaitant son bébé avec le chemisier ouvert, le deuxième sein offert aux regards était mise en opposition avec la femme préparant un biberon, le regard baissé, la tenue sage. Pour amplifier son propos, il a ensuite collé sur les visages de ces mères préparant ou donnant un biberon, des visages de madones extraits de tableaux de la Renaissance : l'effet était saisissant!


L'expression du colostrum en fin de grossesse pour les femmes diabétiques
Toute une partie de la conférence était basée sur le risque d'hypoglycémie chez le nouveau-né. Il semble que ce risque soit largement sur-évalué par les professionnels se santé qui n'hésitent pas (au Canada tout au moins) à prescrire des compléments de lait artificiels à la naissance quand la glycémie est basse chez un bébé. Or, il semble bien qu'il est tout à fait physiologique pour un bébé en bonne santé d'avoir une glycémie haute à la naissance, puis basse dans les heures qui suivent pour ensuite remonter, qu'il soit allaité ou pas, qu'il reçoive du glucose ou pas. Prescrire du lait artificiel présente donc plus d'inconvénients que d'avantages car cela risque de nuire à une mise en place optimale de l'allaitement et induit chez la mère l'idée que son lait n'est pas suffisant.
Pour les bébés à risque (nés de mères diabétiques par exemple), Newman propose que leurs mères extraient du colostrum en fin de grossesse pour pouvoir en donner à leur bébé dans les heures qui suivent la naissance. Étonnant non ?

Difficile de résumer ici toute cette conférence si complète, pourtant d'autres thèmes ont été évoqués comme l'ictère qui est souvent associé au lait maternel alors que bien souvent, c'est la manque de lait maternel qui cause cet ictère (l'enfant "tétouille", ne tète pas efficacement, ne reçoit donc pas suffisamment de lait).

Une matinée riche en informations, en rencontres avec des animatrices LLL et des professionnels de santé qui ont à coeur de soutenir les projets d'allaitement des mères qu'elles rencontrent.

Quel sera le thème retenu pour l'an prochain ? Qui sera le conférencier ?

Et la pudeur ?

Je rebondis sur l'un des commentaires publié à la suite de l'article sur les gadgets de l'allaitement pour parler de la pudeur.

De temps à autre, j'entends des femmes dire que de toute façon on perd toute pudeur après avoir exposé son anatomie devant une dizaine de personnes différentes au moment de l'accouchement et que l'allaitement est un acte tellement beau, tellement naturel que ça ne devrait poser aucun problème, à aucune femme, d'exposer ses seins au vu et su de tout le monde.

Je ne suis pas d'accord. Même après avoir accouché on ne perd pas toute pudeur et ça peut être extrêmement difficile de mettre un bébé au sein en public (tellement difficile, que l'on peut renoncer à son projet d'allaitement).

Je me souviens à la naissance de ma première fille m'être isolée dans un chambre à chaque fois que j'allaitais chez mes beaux-parents ou chez des amis. Quand j'allais en ville, j'emportais même un biberon pour ne pas avoir à allaiter.

J'ai appris petit à petit à allaiter discrètement, à porter des vêtements pratiques qui ne m'exposaient pas au regard des autres.

Voir des femmes allaiter en toutes circonstances, lors d'un mariage, d'une expo, d'un concert, au café ... permet d'imaginer et d'envisager différentes façons d'allaiter plus ou moins discrètement selon notre nature (timorée ou expansive).

Quand on est très pudique, s'offrir ou se faire offrir une jolie robe d'allaitement ou un haut sympa (pull, T-shirt, caraco ...) permet souvent d'envisager l'allaitement sereinement et en toute circonstances.

Jack Newman à Nantes

Ce week-end, Jack Newman sera à Nantes pour deux demi-journées consacrées à l'allaitement.


Samedi après-midi 6 novembre 2010 14h30
"Les clés d'un allaitement réussi"
Conférence-débat au PIANO'CKTAIL de BOUGUENAIS
entrée libre et gratuite, ouvert à tous

Dimanche matin 7 novembre 2010 de 9 h à 12h30 (accueil à 8 h 30)
"Controverses en Allaitement"
un temps d’information privilégié pour une matinée de conférence et d’échanges sur l’allaitement    Réservé aux professionnels de santé et de la petite enfance
ainsi qu’aux associations de soutien à l’allaitement maternel,

sur inscription - payant -
Contact, inscriptions : Anne Rauturier - 02 51 12 16 60 - lesrendezvousallaitementLLL44@yahoo.frCette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Quelle(s) alternative(s) au sein ?

Il peut arriver au cours de l'allaitement que le sein ne soit pas disponible pour le bébé : la maman est hospitalisée, il y a reprise d...