Les "gadgets" de l'allaitement

L'allaitement a le vent en poupe et de nouveaux produits "spécial allaitement" apparaissent régulièrement sur le marché.
Sont-ils tous utiles ? Sont-ils nécessaires ? Peuvent-ils s'avérer délétères ?

Le coussin d'allaitement.
On le propose souvent aux mamans en maternité et il semble bien inoffensif. Pourtant je n'aime pas trop ce coussin pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, je pense que le fait d'installer d'office un coussin pour soutenir le bébé allaité peut induire chez la mère l'idée qu'il faut absolument être équipée de cet ustensile ou tout au moins qu'il faut être bien installée pour allaiter. L'allaitement peut rapidement apparaître comme très contraignant car comment allaiter à l'extérieur s'il faut trimbaler ce coussin ? Comment allaiter sur une simple chaise ou même debout à la caisse d'un supermarché ?
La deuxième raison qui fait que je n'aime pas ce gadget est que certaines mères posent le bébé sur le coussin et se penchent sur le bébé pour allaiter. Le bébé n'est alors pas positionné de façon pratique pour téter et cela peut occasionner des crevasses.

Les bouts de sein en silicone (appelés aussi "méduses")
Là encore, il arrive que ces gadget soient proposé aux mères dès la maternité quand la tétée est douloureuse. Or toute tétée douloureuse doit avant tout faire l'objet d'une étude attentive de la succion du bébé : sa bouche est-elle bien positionnée ? N'y a-t-il pas un frein de langue serré ?
Bien souvent, en optimisant la position du bébé au sein, on arrive à supprimer la douleur (et les "méduses"!)
Le plus gros inconvénient des bouts de sein est que le mamelon n'est pas assez stimulé ce qui peut provoquer une baisse de la lactation.
Ces bouts de sein peuvent néanmoins s'avérer utiles quand le bébé a une langue peu mobile ou un palais creux, dans ce cas, il est important d'informer la mère d'une possible baisse de la lait afin qu'elle tire son lait pour calibrer sa lactation aux besoins de son bébé.

Le tire-lait
Je suis toujours étonnée de rencontrer des mères qui se procurent un tire-lait dès la grossesse pour compléter leur trousseau de nouvelle maman. Quel est l'intérêt de tirer son lait quand l'allaitement se passe bien et que la reprise du travail est encore loin ?
Bien souvent, l'argument avancé pour inciter les mères à tirer leur lait est de pouvoir faire participer le père et se reposer la nuit pendant que le papa donnera un biberon.
L'idée peut séduire ... tant que le bébé n'est pas encore né.
Tirer le lait et s'apercevoir que le récipient se rempli très lentement peut induire un stress qui n'aurait pas existé si le tire-lait n'avait pas été utilisé. De plus, les quantités obtenues avec un tire-lait sont souvent nettement inférieures aux quantités que le bébé aurait obtenu grâce à une succion vigoureuse. Le fait d'avoir son bébé au sein, de le sentir, d'interagir avec lui déclenche déjà la production d'ocytocine  et cette production va se poursuivre avec la succion du mamelon par le bébé. Se brancher sur un tire-lait est beaucoup moins agréable et le lait peut sortir goutte à goutte et très lentement occasionnant ainsi un stress qui va bloquer l'ocytocine : du coup, c'est le cercle infernal : la quantité obtenue est minime et le stress augmente encore plus chez la maman qui se demande si elle produit suffisamment de lait pour son bébé.
Dans le cas où la maman arrive à tirer de grosses quantités de lait le soucis est tout autre : la mère va pouvoir préparer des biberons de son lait pour faire participer le papa ou pour se libérer pour aller chez le coiffeur, se rendre chez le médecin ou encore pour dormir la nuit. Quand les biberons sont très ponctuels et que les parents sont informés de la possibilité d'une confusion sein-tétine, l'allaitement se poursuit la plupart du temps sans problème, mais quand ses biberons sont introduits dès les premières semaines et de façon quotidienne, cela peut interférer sur le bon déroulement de l'allaitement. Sans compter que toutes les manipulations autour du tire-lait sont souvent vécues comme fastidieuses : laver les ustensiles et récipients, tirer le lait, le stocker, préparer les biberons ...

Pourtant le tire-lait peut s'avérer un outil formidable dans certaines circonstances : lorsque le bébé est hospitalisé par exemple ou pour les enfants porteur de certains handicaps qui ne peuvent pas téter (fente palatine) ou dont la succion est peu efficace (Trisomie 21). De même, lorsque la mère produit peu de lait suite à une chirurgie mammaire ou pour toute autre raison, le tire-lait permet d'augmenter rapidement la lactation.
Il est aussi bien sûr très utiles quand il y a reprise de travail.
Le choix du tire-lait dépendra  de son utilisation (ponctuelle ou occasionnelle) et du ressenti de la mère. Certaines femmes préfèrent d'ailleurs utiliser seulement leurs mains et obtiennent des quantités similaires à celles obtenues avec un tire-lait (voir méthode Marmet).
Quand les quantités exprimées sont très faibles avec un tire-lait, chercher ce qui perturbe l'expression du lait : la téterelle est-elle adaptée ? (certaines marques proposent 5 tailles), toutes les pièces sont-elles bien montées et en bon état ? Le stress perturbe-t-il l'éjection du lait ? (dans ce cas, tout ce qui fait plaisir permet au lait de sortir : regarder une émission drôle à la télé, allaiter son bébé sur un sein pendant que l'on tire le lait de l'autre sein, se faire masser le dos pas son conjoint ou une amie, écouter une musique agréable ...). Le fait de masser le sein pendant l'expression du lait est vraiment efficace et augmente les quantités de lait obtenues.

Les tisanes d'allaitement et autres galactagogues
 Pourquoi vouloir à tout prix augmenter la lactation si tout se passe bien, si le bébé grossit bien et s'endort repus après une tétée ?
En cas de réelle baisse de la lactation, la première chose à faire est de rechercher la cause de ce manque de lait : le bébé a-t-il accès au sein 8 à 12 fois par 24 heures ? Sa succion est-elle efficace ? Ne comble-t-il pas ses besoins de succion sur une tétine (sautant ainsi certaines tétées)? Une contraception hormonale a-t-elle été prescrite?  La mère présente-t-elle une hypothyroïdie ?
Une fois la cause connue et traitée, les galactagogues peuvent être une aide précieuses pour relancer la lactation mais n'ont pas vraiment d'utilité quand tout se passe bien.

Les soutien-gorges et vêtements d'allaitement
Des progrès considérables ont été fait dans ce domaine et il est bien agréable de pouvoir porter des sous-vêtements et des vêtements à la fois jolis, agréables et adaptés à l'allaitement.
Pas facile néanmoins de choisir la bonne taille de bonnet avant la naissance ! Certaines marques proposent des soutien-gorges avec des agrafes qui permettent de jouer sur la taille du bonnet : très utile après la naissance quand les seins augmentent de volume de façon impressionnante ! Fort heureusement, cela ne dure que quelques jours, il est donc inutile de choisir une taille vraiment trop grande.
L'achat de robes ou de T.shirt "spécial allaitement" n'est pas impératif, mais cela peut faire un joli cadeau de naissance ! Ces vêtements permettent d'allaiter discrètement en toute circonstance et couvrent bien le ventre et le bas du dos ce qui n'est pas négligeable en plein hiver. Ségolène Finet donne différentes astuces sur son blog pour transformer soi-même de simples vêtements en tenues d'allaitement (on peut télécharger la présentation ppt de sa conférence au Congrès LLL de Dourdan : http://blog.allaitement.mamanana.com/2007/11/comment-shabill.html )

Les crèmes

Est-il réellement utile de préparer le mamelon à l'allaitement en l'enduisant de crème pendant la grossesse ? Cela va-t-il éviter les crevasses ? Il semble bien que cette pratique n'a pas une efficacité prouvée dans la prévention des crevasses et qu'elle diminue même la durée de l'allaitement (sans doute parce qu'elle induit chez la mère l'idée que l'allaitement est contraignant).
Pour choisir une crème à appliquer sur le mamelon, privilégier un produit le plus pur et avec le moins de principes possible. La lanoline purifiée est actuellement le produit le plus efficace pour soigner les crevasses ... juste après le pansement de lait maternel qui arrive en tête  (et qui a l'avantage d'être gratuit et toujours disponible !).
Ne pas oublier que les gerçures ont une cause (bien souvent une succion inefficace du bébé) et qu'il faut avant tout traiter la cause sous peine de voir la douleur persister et même s'aggraver.

Les coussinets d'allaitement
S'ils s'avèrent indispensables pour certaines mamans qui ont des fuites de lait intempestives, ils s'avèrent inutiles pour d'autres qui n'ont jamais aucune perte de lait. Ce n'est donc pas indispensable de s'en procurer avant la naissance.
La version "lavable" est plébiscitée par  de nombreuses mamans qui apprécient le confort et la douceur du tissu. Certains coussinets jetables peuvent causer des irritations, ne pas hésiter dans cas à opter pour une autre marque ou à passer aux lavables.

Je n'ai pas fait le tour de tous les "gadgets" qui existent sur le marché. J'attends vos commentaires : avez-vous acheté quelque chose qui aurait du vous aider à allaiter et qui au contraire vous a desservi ? Avez-vous acquis quelque chose qui s'est révélé indispensable pour poursuivre votre allaitement ?

Ces bébés qui ne savent pas téter

Au cours de mes consultations, je vois régulièrement des bébés de 3 mois qui ne savent pas téter. C'est assez impressionnant de constater que ces bébés ne savent pas trop s'y prendre au sein ou même au doigt.

Une manière assez simple d'évaluer la succion est de présenter un doigt sous le nez de ces bébés afin qu'ils l'attrapent. Les bébés habituellement happent le doigt, on sent la langue faire gouttière et s'enrouler autour du doigt pour l'amener au fond de la bouche. Or, chez ces bébés qui ne savent pas téter,  je constate qu'ils n'attrapent pas vraiment le doigt, je sens leur langue sous mon ongle et la mâchoire qui serre mon doigt au niveau de ma phalange proximale.

Le bébé qui ne sait pas téter attrape le mamelon comme il l'avait fait avec mon doigt, c'est à dire que l'on remarque bien que la bouche n'est pas grande ouverte et que la langue ne fait pas le travail demandé.
Pourtant, petit à petit, on voit le bébé qui ouvre de plus en plus la bouche au cours de la tétée.

J'ai l'impression que la plupart de ces bébés ont été confronté au départ à un réflexe d'éjection très fort (REF) et/ou à une hyperlactation qui ne leur a pas permis de développer leurs compétences au niveau de la succion. Ils avaient juste à se "brancher" au sein et le lait coulait à flot. Parfois même, le lait a du couler beaucoup trop vite pour eux et ils ont du développer des "stratégies" (si tant est qu'un tout petit nourrisson puisse développer des stratégies !) pour ne pas s'étrangler sous le flot de lait : en plaçant leur langue devant ou en pinçant un peu le mamelon ...
Ce qui fonctionnait pas trop mal les premiers mois (le bébé prenait du poids) aboutit au fil des semaines à une nette baisse de la lactation et le bébé, parfois stressé par le flux très fort du lait, comble ses besoins de succion sur ses doigts ou une sucette et les parents sont ravis d'avoir un bébé si sage qui espace ses tétées.

C'est en constatant le fléchissement de la courbe de poids que parents et médecins s'inquiètent et se demandent ce qui se passe. Pourquoi ce bébé si sage ne prend-il pas le poids attendu ? La qualité du lait est alors incriminée quand il s'agit bien de la quantité de lait qui est en cause !

SMAM 2010

A l'occasion de la Semaine Mondiale de l'allaitement Maternel, le Conseil Général du Pas-de-Calais a eu une bien jolie idée : une affiche présentant une petite fille allaitant sa poupée.
Je ne sais pas si ça va plaire des masses à Mme Badinter !

Faut-il se préparer à allaiter ?



Si l'allaitement est "naturel", alors pourquoi se préparer à allaiter ? Faut-il se préparer ? Y a-t-il quelque chose à faire pour que l'allaitement se passe bien ?
Toutes ces questions se posent à l'approche de l'arrivée d'un bébé et quand on ne les posent pas, d'autres personnes (nos amies, nos mères, nos sœurs, nos collègues) s'en chargent.
Alors ? Se préparer ou pas ?


Les groupes de mères.
Avoir vu d'autres femmes allaiter, les avoir côtoyées au quotidien est certainement la meilleure façon de se préparer à accueillir un nouveau bébé.  Hélas, dans nos sociétés, quelles sont celles qui ont pu côtoyer des bébés au quotidien durant leur enfance ? Avez-vous remarqué combien les mères sortent peu avec leur bébé ? Il est rare de voir des bébés lors des réunions de famille, les mariages, les soirées entre copains. Pas étonnant donc que l'on se trouve complètement désarçonnée face aux nombreuses demandes d'un tout petit. Même en ayant été prévenue  - "tu verras, c'est prenant un bébé" - on ne s'imaginait pas du tout cette nouvelle vie.
Les groupes de mères permettent donc de voir des bébés dans les bras de leur mère, d'observer la façon dont elles s'en occupent, dont elles les allaitent, de les entendre parler de leur quotidien, des nuits hachées, du conjoint qui prend sa place de père, des remarques de la famille ...

Les lectures
Certains livres donnent aussi la parole aux mères et leurs témoignages permettent de se projeter dans cette nouvelle vie avec un bébé et donnent de multiples infos sur l'allaitement ; d'autres sont écrits par des spécialistes et rassureront celles qui aiment bien connaître le côté plus technique de l'allaitement.

Les ustensiles
Tire-lait, coquilles, bouts de sein , coussinets lavables ou jetables, crèmes ... la panoplie des outils d'aide à l'allaitement s'enrichit d'année en année. Bien que certains de ces objets soient incontestablement des aides précieuses dans  certains cas, pas la peine de les acheter au départ !
Les coquilles peuvent créer des engorgement lorsqu'elles sont portées en continu par exemple et les bouts de sein en silicone peuvent faire baisser très nettement la lactation, quant au coussin d'allaitement,  il n'est absolument pas indispensable et pose parfois des problèmes quand le bébé est posé dessus et donc trop loin du sein.

Pour se préparer à allaiter, le plus important donc est d'être informée et soutenue par des personnes compétentes. Certaines maternités ont le label "hôpital ami des bébés" qui garantit que le personnel a reçu une formation pour soutenir les mères qui allaitent. Avez-vous la chance d'en avoir une près de chez vous ?

Quelle(s) alternative(s) au sein ?

Il peut arriver au cours de l'allaitement que le sein ne soit pas disponible pour le bébé : la maman est hospitalisée, il y a reprise d...